Lettre à la passante de la ruelle des martyrs

Écrire pour d’autres, c’est aussi apprendre à se glisser dans des costumes qui ne sont pas les nôtres. C’est à la fois un exercice de style et un jeu grisant ! En voici un exemple avec cette lettre fictive, en forme de poème galant, écrite par un homme à une inconnue croisée un soir d’hiver.

Madame,
Vous qui passiez hier par la ruelle des martyrs,
Vous qui passiez dans la pénombre
Du soir qui s’avance
À l’heure où chacun retrouve son foyer,
Vous qui passiez sur le pavé encore luisant
De la pluie de la journée.
Madame,
Vos talons claquent encore dans ma pauvre tête
Où se claquemurent des souvenirs de vous.
Ce parfum aux effluves d’Orient
Qui flottait tel un bateau ivre
Jusqu’à ma narine troublée,
Ce regard profond comme un océan déchaîné
Qui m’a transpercé
Excalibur s’enfonçant dans les eaux du lac,
Ce foulard accroché à votre cou délicat
Comme il m’aurait plu d’être à sa place !
Madame,
Vos talons claquent dans ma tête
Où tant d’images s’entremêlent.
La peau fine de vos joues
Et ce grain de beauté dans votre décolleté.
Cette cheville dévoilée par vos jupons dissipés
Et vos seins en embuscade dans ce corsage
Derrière un boutonnage bien peu sage.
Madame,
Je suis au supplice en pensant à vous,
À votre sourire si doux
Quand vous m’avez aperçu
Derrière ce rideau de brume
Dont l’hiver habille nos soirées.
Madame,
Je suis au désespoir depuis hier soir,
Impatient de finir mon office
Pour mieux courir jusqu’à la ruelle des martyrs
Caressant l’improbable espoir
De vous y croiser…
Encore !
Share on facebook
Facebook
Share on twitter
Twitter
Share on email
Email

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *