Lettre à la passante de la ruelle des martyrs
Marie-Emmanuelle Brodeau | Publié le |
Écrire pour d’autres, c’est aussi apprendre à se glisser dans des costumes qui ne sont pas les nôtres. C’est à la fois un exercice de style et un jeu grisant ! En voici un exemple avec cette lettre fictive, en forme de poème galant, écrite par un homme à une inconnue croisée un soir d’hiver.
Madame, Vous qui passiez hier par la ruelle des martyrs, Vous qui passiez dans la pénombre Du soir qui s’avance À l’heure où chacun retrouve son foyer, Vous qui passiez sur le pavé encore luisant De la pluie de la journée.
Madame, Vos talons claquent encore dans ma pauvre tête Où se claquemurent des souvenirs de vous. Ce parfum aux effluves d’Orient Qui flottait tel un bateau ivre Jusqu’à ma narine troublée, Ce regard profond comme un océan déchaîné Qui m’a transpercé Excalibur s’enfonçant dans les eaux du lac, Ce foulard accroché à votre cou délicat Comme il m’aurait plu d’être à sa place !
Madame, Vos talons claquent dans ma tête Où tant d’images s’entremêlent. La peau fine de vos joues Et ce grain de beauté dans votre décolleté. Cette cheville dévoilée par vos jupons dissipés Et vos seins en embuscade dans ce corsage Derrière un boutonnage bien peu sage.
Madame, Je suis au supplice en pensant à vous, À votre sourire si doux Quand vous m’avez aperçu Derrière ce rideau de brume Dont l’hiver habille nos soirées.
Madame, Je suis au désespoir depuis hier soir, Impatient de finir mon office Pour mieux courir jusqu’à la ruelle des martyrs Caressant l’improbable espoir De vous y croiser… Encore !

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